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Envie de partir, de découvrir

Envie de partir… ou besoin de partir? L’appel à l’aventure se fait à nouveau sentir, plus fort que jamais. Mes pieds ne demandent qu’à parcourir le monde. Mon esprit est avide de nouvelles découvertes, d’expériences. J’ai besoin de sortir de ma routine. Mais surtout, j’ai besoin de me retrouver, d’être seule à choisir ma façon de vivre. Ne plus penser aux horaires universitaires, aux examens, aux contraintes. Il est essentiel que je retrouve ma liberté, que je me retrouve.

Au terme de mon précédent voyage à vélo, j’ai tout de suite su que ce ne serait pas le dernier, que l’été prochain je continuerai mes périples. Pourtant, bien que l’inconnu m’appelle à nouveau, le vélo risque de rester tranquillement se reposer au garage cette fois-ci. Je désire éliminer tout ce qui est superflu, avancer avec uniquement ce qu’il me faut pour subsister, afin de retourner à la source, voir ce que sont réellement les choses lorsqu’on enlève toutes leurs couches inutiles. Découvrir qui je suis lorsque je me retrouve mise à nu. Loin des routes goudronnées, des regards extérieurs et de leurs jugements inévitables. Loin des attentes, des contraintes, du rythme effréné imposé par la société. Je ne peux pas concevoir une vie dirigée par quelqu’un d’autre, je veux demeurer libre de choisir mes expériences. Je ne pourrai jamais me retrouver enfermée dans un job à plein temps et horaires fixes. Je ne pourrai pas me résigner à me réveiller sans me réjouir de la journée à venir, car elle se résumera aux attentes d’un employeur, aux objectifs prévus. Pourtant, comment est-il possible de vivre entièrement libre, aujourd’hui, si l’on désire tout de même pouvoir se nourrir et avoir un foyer où dormir? Je n’ai pas trouvé de solution à cette question, je me contente donc de le vivre pendant mes vacances et de faire le plus possible les choses parce que je le veux, et non parce que je le dois. Je pense qu’il est essentiel d’oser faire ce que notre coeur nous demande, d’oser réaliser nos rêves même s’ils impliquent de tout laisser derrière soi et de se lancer dans l’inconnu, sans aucune garantie.

L’avantage incontestable de ma maladie, c’est qu’elle m’a permis de beaucoup réfléchir. Ou plutôt, de comprendre instinctivement des choses sans vraiment le vouloir. Lorsque je fais un examen et qu’il faut attendre le résultat des analyses, des radios, des irm, d’une biopsie, …, ce sont des semaines, mais parfois des mois d’attente! Des mois entiers que je pourrais passer à avoir peur chaque jour des résultats potentiellement négatifs, des mois entiers que je pourrais passer à douter, à éviter d’en faire trop au cas où ce serait quelque chose de grave, des mois entiers où chaque douleur pourrait être le signe de quelque chose de dangereux et ainsi emballer le mental et me tirer dans les profondeurs. J’ai perdu des mois de vie à me faire du souci, alors que le plus souvent, même si il y avait effectivement quelque chose d’anormal, de grave, de bizarre, ma vie continuait. A force d’attendre d’examen médical en examen médical, j’ai appris une chose: à quoi bon se faire du souci, se faire des films alors qu’on ne sait pas les résultats. Ils peuvent être bons, comme ils peuvent être mauvais. La vie file pendant ce temps, sous mon nez, et je suis la seule responsable si je n’en profite pas! La maladie aide à prendre la mesure de l’importance de chaque instant, ainsi que de la proximité de la mort pour chacun de nous. Ce n’est pas parce que vous êtes actuellement en bonne santé que vous êtes immortels. Je vis désormais chaque jour comme mon dernier, et je ne peux que vous inviter à faire de même. Non pas parce qu’il faut être effrayé par la mort et vivre dans une peur permanente, mais bien au contraire, parce qu’il faut profiter des milliers de possibilités qui se présentent à nous maintenant, dans le moment présent. Il faut profiter de ces rêves les plus fous que l’on n’a jamais osés réaliser, et qui pourtant pourraient nous apporter tellement de choses.

Lorsque j’étais chez mes parents et que j’ai fait appel au service de protection de la jeunesse, j’ai eu l’impression d’avoir fait la chose la plus terrible de ma vie. J’avais l’impression de trahir ma famille, je doutais de tout, je pensais que c’était peut-être moi le problème. Peu de temps après j’ai laissé toute mon existence derrière pour monter dans une voiture de police. Départ vers l’inconnu, seule. Terriblement seule. Sans cela, je n’aurai jamais pu être moi-même. Aujourd’hui, je me rends compte que c’est la meilleure chose que j’ai faite. J’ai gagné ma liberté. Parce que je l’ai voulu, parce que j’ai pris les risques nécessaires pour l’obtenir. Parce que j’ai refusé de continuer une vie qui ne me convenait pas. Parce que j’ai pris la décision qu’il fallait que cela s’arrête et que je voulais continuer mon existence différemment.

Aujourd’hui, c’est l’appel du voyage qui se fait sentir, le besoin de bousculer mon quotidien trop bien organisé. Lorsque l’on change de lieu, de mode de vie, lorsque l’on perd nos repères, il ne reste plus qu’une chose: nous, tels que l’on est réellement, prêts à échanger spontanément avec les personnes que l’on rencontre, prêts à nous confronter avec confiance aux difficultés et prêts à savourer les bonheurs de notre chemin de vie. On prend le recul suffisant pour se rendre compte de notre conditionnement, du fonctionnement de notre société malade, à la recherche de bénéfices. Notre mode de vie, observé du sommet d’une montagne, semble ridicule. Ma peur de l’inconnu est toujours présente, là, dans un coin de mon esprit, mais ce n’est plus elle qui décide. La seule chose dont nous devons réellement avoir peur, le seule ennemi que l’on a réellement, c’est nous-mêmes, car on se met nos propres limites, on détruit nos propres rêves, on se construit nos propres murs. Et on oublie de vivre.

« Il meurt lentement celui qui devient l’esclave de l’habitude, (…) celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves. » Pablo Neruda

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