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Christmas Midnight Run. Récit d’une victoire sur la maladie

10 décembre 2016. Christmas Midnight Run. 7,2 kilomètres. 250m D+

 

Environ deux mois après ma deuxième hospitalisation en cardiologie, je compte pour tout entraînement une dizaine de footings de 30 minutes, quatre sorties VTT de 1 heure et une sortie montagne en rando-course… Ce n’est pas grand chose.

Il est 16h30, je viens de fermer le magasin. L’excitation de la course qui part ce soir à 23h commence à se faire sentir, mais après avoir travaillé toute la journée une petite sieste s’impose. En deux temps trois mouvements, me voilà installée  sur le matelas gonflable en plein milieu du magasin, au chaud contre le chauffage d’appoint 😉

 

Je mets le réveil à 19h pour avoir le temps de manger suffisamment avant la course (mon estomac est plutôt sensible) et après un bon repas je me prépare et arrive sur le lieu de la course.

 

Magique

 

Je sens mon corps vibrer de ressentir cette énergie qui se dégage avant une course, les gens qui se préparent à se donner au maximum, les rigolades et les déguisements qui mettent une ambiance de fête incroyable. Je retrouve mes amis et mon équipe de course à pied et j’accroche solennellement mon dossard sur mon t-shirt. C’est un grand moment pour moi, aujourd’hui je fête une victoire incroyable, celle d’être encore là après ce parcours du combattant contre ma maladie. Mon entourage le sait et j’ai envie de pleurer de bonheur, d’émotions.

 

Un an après ma dernière course, me voilà à nouveau sur la ligne de départ, sur la même course. Une page se tourne.

 

23h. Place de la Riponne à Lausanne. -1°C. Brouillard

 

Après s’être échauffé et souhaité bonne chance, on se place chacun dans la partie du peloton qui nous correspond le mieux. Plusieurs amis sont à côté de moi pour prendre le départ. Le décompte est lancé et gooo!
Il fait froid et humide, ma cheville gauche a de la peine au début, je la sens toute rigide. La première descente se passe néanmoins comme dans un rêve, je vole, heureuse de courir enfin. Première montée. J’ai le sentiment de me ramasser un coup de poing dans la poitrine. J’ai l’impression que mes poumons ne se gonflent pas assez et j’ai des douleurs qui reviennent dans la région du sternum et autour de la cicatrice.

 

Oups…

 

Il va falloir bien gérer tout cela si je veux terminer la course en un morceau et il est hors de question pour moi de me mettre dans le rouge ou de solliciter trop mon corps, les cardiologues ayant fait une exception pour cette course et mon entraînement étant minimal.
Je ralentis fortement, le souffle court, et j’essaie de rythmer ma foulée, mais ce n’est pas facile. J’ai trop d’émotions qui se mélangent. Je tente de faire le vide dans ma tête en me donnant l’ordre à l’intérieur de moi de ne pas faire attention aux autres et de me concentrer pour gérer cette course au mieux. Je vais à un tout petit rythme tranquille, mais dès que j’accélère, tous les signaux d’alarme de mon corps virent au rouge alors tant pis. Je profite de relancer dans les descentes et de rattraper plein de gens, et dans les montées je me remets à trottiner tranquillement.

 

 

A chaque coin de rue j’ai des amis qui sont là pour m’encourager et qui hurlent littéralement pour me dire qu’ils sont avec moi, qu’ils sont là. C’est incroyable.
J’ai en grand le logo de l’UNSED (l’association de ma maladie) sur mon t-shirt et je pense fort à eux, à ceux qui ne peuvent pas courir…

 

Mes muscles tremblent rapidement. Paradoxalement, ça fait du bien de ressentir cela, d’avoir le goût de l’effort dans la bouche. J’ai le souffle court, je ralentis encore. Ce n’est pas le moment de forcer, il y aura d’autres course plus tard pour cela. Finalement j’arrive tant bien que mal à terminer mes trois tours de 2,4 kilomètres pour un total de 7,2 kilomètres. Emilia, une amie avec laquelle j’ai partagé des moments incroyables avec notamment notre victoire au Raid de l’X en France, court à mes côtés le début de la dernière montée, me pousse dans le dos quelques mètres. J’oublie la douleur dans les muscles, j’oublie que j’ai le souffle court et je sens ma foulée s’allonger, mon buste se redresser et je vois enfin cette ligne d’arrivée! Tous mes amis sont là de l’autre côté, l’émotion m’envahit, le speaker scande mon nom au micro
“Et voilà Myriam, qui est de retour une année après, elle a été opérée du cœur et elle arrive, on l’encourage!”.
Je la traverse enfin cette ligne d’arrivée.

 

Je lève les bras aux ciels, et j’envoie en pensée un énorme MERCI à la Vie, à mes amis, à la Terre entière!
YAHOOO Je l’ai fait, je suis là et debout!

 

Mais je n’ai pas le temps de récupérer mon souffle que l’on me tend le micro
“Alors, Myriam, comment a été cette course?”
“C’était incroyable, c’était effectivement la dernière course que j’ai faite avant mes deux opérations du cœur et je suis là aujourd’hui, entourée de tous mes amis. C’est ma première course depuis ces aventures, je suis tellement heureuse, je suis émue. Mais c’était dur…”
Je suis trop essoufflée pour parler normalement et je ne suis pas sure qu’ils comprennent ce que je dis 😉

 

Mes amis sont là. Et plein d’autres personnes que je ne connais pas non plus. Ils sont alignés de chaque côté, formant une haie d’honneur. Je passe au milieu et ils font le fameux “Oooooleeee” en levant les bras, m’applaudissent, me félicitent. Je frissonne de bonheur, émue. J’ai la gorge nouée, je ne sais pas quoi dire. Et il n’y a rien besoin de dire, juste vivre cet instant où chaque seconde se grave en moi.

 

Ce sont mes amis qui devraient être applaudis, eux qui ont supporté mes pleurs, mes doutes, mes coups de moins bien, qui étaient là à l’hôpital, qui étaient là à mes premiers pas, qui ont partagé mon histoire, mes hauts et mes bas en ayant toujours ce regard bienveillant sur moi, toujours les mots pour me faire sourire et garder espoir…

 

L’image contient peut-être : 5 personnes, personnes debout et plein air

 

Après cette incroyable course on fête tous ensemble jusqu’à 4h30 du matin. Mais pas besoin des détails pour cela 😉

 

Je tiens à remercier énormément mes amis à qui je dois tout, Planet Endurance pour le soutien matériel et moral (et le matelas gonflable pour ma sieste 😉 ), Compressport également pour le soutien matériel, UNSED qui fait tellement de choses pour les personnes atteintes de ma maladie et qui me soutient dans mes projets, Diego Pazos qui est toujours là pour me donner des conseils avisés, Olivier Bourquin qui m’aide grandement à récupérer de mes opérations en me conseillant sur la micronutrition, toute mon équipe de course à pied qui est incroyable et mes médecins (particulièrement mon cardiologue, mon médecin du sport et le cardiologue du sport) qui font tout leur possible et s’arrachent parfois un peu les cheveux pour réussir à concilier mes rêves complètement fous et mes problèmes de santé!

 

 

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